Roi de la pop, enfant prodige des Jackson 5 à 11 ans, Michael Jackson fut l’homme de toutes les démesures. Il a réinventé la pop par son sens du spectacle, transformé la danse en phénomène mondial avec le moonwalk sur Billie Jean, imposé le clip comme un véritable court métrage avec Thriller, redéfini la star attitude, les costumes, les gestes, l’allure, jusqu’à faire de chacune de ses apparitions un événement mondial. Encore aujourd’hui, il demeure sans doute la plus grande star du XXe siècle. Une trajectoire unique, faite d’images devenues mythiques et de questions restées en suspens avec sa mort à presque 50 ans, le 25 juin 2009. D’ailleurs, l'unique bande-annonce de Michael, vue 116,2 millions de fois dans le monde en 24 heures, entretient encore cette fascination : on y retrouve toute l’imagerie de Michael Jackson et un bon nombre d’interrogations aussi… Mais derrière ce brouillard savamment entretenu, certains détails ont fini par percer, de quoi commencer à cerner les ambitions, et les zones d’ombre, du film.
Une légende surveillée de près
Le point le plus sensible tient à l’origine même du projet. Michael est produit avec le soutien direct de l’Estate de Michael Jackson : une entité chargée, après sa mort, de gérer ses intérêts patrimoniaux, juridiques et commerciaux. Cet appui garantit au film un accès privilégié à l’univers Jackson, à ses chansons, à son iconographie et à ses archives. Mais il nourrit aussi un soupçon persistant : peut-on raconter librement une vie aussi controversée quand ceux qui en gardent la mémoire participent eux-mêmes au film ? Dès lors, Michael apparaît comme une œuvre à la fois ambitieuse mais étroitement surveillée… Un peu comme Bohemian Rhapsody sur Freddie Mercury.
Une machine hollywoodienne
Sur le papier, Michael a tout du mastodonte. Antoine Fuqua (Training Day, Equalizer) est à la réalisation, John Logan (Gladiator, Aviator, Skyfall) au scénario, et Graham King (Les Infiltrés, Bohemian Rhapsody) à la production. Dans le rôle principal, le choix de Jaafar Jackson, fils de Germaine et neveu de Michael, est plutôt bien vu. La ressemblance est troublante, et la portée symbolique évidente. À ses côtés, Colman Domingo incarne Joe Jackson (son père), Nia Long Katherine Jackson (sa mère), Miles Teller est John Branca, l’avocat historique de la star, tandis que Larenz Tate joue Berry Gordy (le patron de la Motown sa maison de disques du temps des Jackson 5). Tout indique donc une superproduction pensée pour l’événement mondial, à la hauteur de l’icône qu’elle entend ressusciter.
Les proches réagissent
Seule la famille Jackson a pu voir le film en avant-première. Si la mère de Michael a soutenu le choix de son petit-fils Jaafar pour incarner Michael, Paris Jackson, la fille du chanteur, a publiquement dénoncé, sur Instagram, un film trop « sugar-coated », autrement dit édulcoré, enjolivé, trop soucieux de lisser son sujet. L’une de ses phrases, relayée par la presse américaine, résume son reproche : selon elle, une grande partie du film « flatte une frange très précise du public » de son père, encore « dans le fantasme ». Cette prise de distance a fissuré l’idée d’un biopic unanimement validé par les proches.
Une fin sous contrainte
La production de Michael a dû revoir une partie essentielle du film après la découverte d’une ancienne clause juridique liée à l’affaire Jordan Chandler, garçon qui, en 1993, avait accusé Michael Jackson d’abus sexuels. Cette contrainte empêchait de représenter à l’écran ce scénario le faisait initialement. Résultat : vingt-deux jours de nouvelles prises de vues en 2025 et un surcoût estimé entre 10 et 15 millions de dollars, pris en charge par l’Estate de Michael Jackson. Le calendrier du film en a été bouleversé : d’abord annoncé pour le 18 avril 2025, puis reporté au 3 octobre 2025, Michael est désormais annoncé pour le 22 avril 2026. Selon la presse américaine, la fin initiale devait montrer Michael Jackson au moment où l’affaire bascule, avec l’arrivée de la police à Neverland et les gyrophares en toile de fond. Cette conclusion a finalement été abandonnée au profit d’un final plus triomphant, recentré sur l’apogée de sa carrière, au moment du Bad Tour en 1989…
Colman Domingo : “Comprendre Michael, c’est comprendre son père”
Dans « Michael », le comédien incarne Joe Jackson, le père souvent dépeint comme tyrannique du roi de la pop. Interview.
Comment avez-vous abordé Joe Jackson, personnage pour le moins controversé ?
Avec beaucoup de respect, et sans jugement. C’est un personnage souvent caricaturé, mais je voulais aller chercher l’homme derrière l’image. Comprendre Michael Jackson, c'est comprendre son père, ce qui l’a construit.
Qu’est-ce qui vous intéressait chez lui ?
Sa complexité. C’est un père dur, exigeant, mais aussi façonné par son époque, ses manques, ses ambitions. Rien n’est simple chez lui.
Quelle a été votre préparation ?
Beaucoup de recherches : interviews, documents, contexte familial et social. Puis j’ai tout laissé de côté pour jouer. À un moment, il faut arrêter d’analyser et juste incarner.
Michael Jackson faisait-il partie de votre culture avant le film ?
Oui, évidemment. Comme tout le monde, j’ai grandi avec sa musique. Mais le film m’a fait découvrir l’envers du décor, la mécanique familiale, les tensions. C’est autre chose que le mythe.
Le film change-t-il le regard sur cette histoire ?
Il ne cherche pas à réécrire, mais à nuancer. Derrière les figures mythiques, il y a des êtres humains, avec leurs contradictions. C’est ça qui m’intéresse.
Qu’avez-vous appris avec Joe Jackson ?
Que rien n’est jamais tout blanc ni tout noir. Même les figures les plus dures ont des failles, des blessures. Et c’est là que naît le jeu.
À Hollywood : Henry Arnaud