Aller au contenu principal
IMAGO / UPI Photo
Timothée Chalamet aux Oscars 2026
IMAGO / UPI Photo

Timothée Chalamet : “On a le droit de croire en son rêve”

À l’affiche de « Marty Supreme », le 18 février, le comédien livre une performance radicale et physique, loin de ses rôles les plus romantiques. Interview.

Déjà récompensé aux Golden Globes, Timothée Chalamet se présente en favori pour les Oscars. Entre ambition assumée, rapport au travail et refus de la tiédeur, il se confie sans filtre sur ce nouveau rôle intense, où il campe un joueur de ping-pong, sur la pression du succès et sur ce feu intérieur qu’il refuse d’éteindre.

Marty Supreme est-il un personnage dans lequel vous vous reconnaissez ?

Oui, absolument. Et je le dis sans ironie : c’est probablement le personnage le plus proche de celui que j’étais avant d’avoir percé dans ce métier. Ce n’est pas forcément quelqu’un d’admirable, il est obsédé par ses objectifs, parfois aveugle, mais je me reconnais profondément dans cette détermination féroce, dans ce refus d’accepter un non comme réponse. Quand on débute dans ce métier, il n’y a personne pour vous rassurer. Au départ, la seule personne qui croit en vous, c’est vous-même, et cette énergie-là, je ne l’ai jamais vraiment perdue.

Votre carrière a explosé alors que vous étiez très jeune. Avez-vous parfois eu le sentiment que la vie passait à côté de vous ?

Oui, très clairement, entre 22 et 26 ans. Quand tout s’est accéléré, j’ai eu l’impression qu’on m’avait tiré le tapis sous les pieds. Tout allait trop vite, sans mode d’emploi. C’est aussi pour ça que je suis particulièrement fier d'Un parfait inconnu et de Marty Supreme. Aujourd’hui, malgré tout le bruit, les attentes, les projections, réussir à me concentrer aussi profondément sur un rôle, c’est une victoire intime.

Quelle part de vous avez-vous mise dans Marty ?

Étonnamment, toutes les scènes de ping-pong. Ce sport peut sembler absurde vu de l’extérieur. Même le mot “ping-pong” sonne bizarrement. Mais, pour Marty, c’est le rêve absolu. Et, pour moi, ça a été une vraie métaphore du métier d’acteur : poursuivre quelque chose qui peut paraître ridicule aux yeux des autres, mais qui est vital pour vous. Aujourd’hui, je ne veux plus m’excuser d’avoir de l’ambition, ni la cacher derrière de la fausse modestie ou de la nonchalance.

Comment protégez-vous votre concentration face au bruit médiatique ?

Je bloque tout. Littéralement. Je ne regarde pas, je coupe. Quand je travaille, mon téléphone est éteint. Le monde actuel est très anxiogène, très culpabilisant, surtout vis-à-vis de la réussite. Mais, quand je pense au gamin de 16 ans que j’étais, tout ça reste un rêve fou. Alors je protège cette bulle, parce que c’est là que le travail peut exister, sans parasitage.

Les scènes de ping-pong sont spectaculaires. Comment les avez-vous préparées ?

Comme une chorégraphie. Pendant des mois, j’ai travaillé avec des coachs exceptionnels, les mêmes que sur Forrest Gump. Certaines séquences comptent jusqu’à quinze échanges, entièrement mémorisés. Parfois, on répétait quarante enchaînements pour une seule scène. C’était presque de la danse, une forme de ballet nerveux, très exigeant physiquement.

La trentaine approche. Cela change-t-il votre regard sur votre métier ?

Oui. Ces rôles demandent une énergie énorme, mentale autant que physique. Je ne sais pas combien de fois je pourrai aller aussi loin. Ce qui m’intéresse aujourd’hui, c’est une forme d’autorité en tant qu’acteur : avoir une vision, une vraie place dans la création, sans me brûler ni me saboter. Trouver cet équilibre, c’est le vrai défi.

Quel message aimeriez-vous transmettre aux jeunes spectateurs ?

Qu’on a le droit de croire en son rêve. D’y aller à fond, sans honte. Même dans un monde désabusé, même quand la culture semble anti-ambition. Marty Supreme, c’est ça : viser haut, swinguer fort, accepter de tomber. Mais surtout, essayer.

À Hollywood : Henry Arnaud

To Top