On sourit souvent en entendant un parler du Sud, du Nord, d’Alsace ou de banlieue. On s’attend souvent, sans même s’en rendre compte, à un profil type : le sympathique, le rigolo, le roublard. Dans Avé l’accent, Mathieu Madénian part de son propre cas pour remonter à ce mécanisme invisible : la glottophobie, autrement dit le rejet d’un accent.
Vous retrouver aux commandes de ce doc, c’était une évidence, non ?
À la base, je ne devais faire que la voix off, et après, ils se sont dit : « Tiens, ça serait marrant qu’on te mette à l’écran. » Mais ce n’est pas un documentaire de Mathieu Madénian : je suis juste là pour illustrer le propos. Le plus important, c’est ce qui se passe dans le doc. On comprend très bien qu’avoir un accent, c’est comme ta couleur de peau ou ta religion : ça fait partie de toi et ça peut être vite discriminant.
Enfant, aviez-vous conscience d’avoir un accent ?
Oui, j’en avais conscience… mais l’accent, c’est relatif. Pourquoi, par exemple, ceux qui n’auraient pas d’accent, ce seraient forcément les Parisiens ? Moi, je ne considère pas que j’ai un accent. Et quand on me fait remarquer mon accent, je le prends comme un compliment !
Étrangement, vous le rattachez à Marseille. Pourtant, vous êtes Perpignanais…
Oui, mais je n’ai jamais chopé l’accent catalan. Toute ma famille parle avec l’accent marseillais, donc c’est logique. Mais pas n’importe lequel puisque, dans le doc, un Marseillais prétend qu’il y a cent onze accents dans la ville !
Quand vous êtes arrivé à Paris pour devenir comédien, vous a-t-on fait remarquer votre accent ?
Immédiatement ! Il existe même des cours pour “casser” l’accent. Moi, j’ai préféré le garder : mon accent fait partie de ma personnalité. Et je ne pense pas que des rôles m’ont échappé, mais c’est vrai que certains réalisateurs ou directeurs de casting ne pensent pas à moi, parce qu’ils ne cherchent pas quelqu’un avec un accent… En télé, il y a très peu de gens avec des accents. Même quand l’histoire se passe dans le Sud, il y a un côté sérieux qui fait qu’on ne met pas beaucoup d’accents. C’est beaucoup d'a priori : si un jour tu as une grande série où le chirurgien a l’accent marseillais, tout le monde dira : « Les Marseillais, ce sont des super chirurgiens ! »
Ce qui est votre cas car vous serez bientôt le héros d’une fiction sur France 2, « Ça va bien se passer », pas en chirurgien mais en assistant social dans un rôle sérieux…
Oui, je forme un duo avec Léonie Simaga. C’est un téléfilm sur les héros du quotidien dont on parlait après le confinement et dont on se fout maintenant ! Nous incarnons des assistants sociaux à Marseille. L’audace de ce téléfilm, qui pourrait devenir une série, c’est qu’il n’y a pas de meurtre, pas d’enquête ! C’est une comédie sociale qui parle de la vraie vie des gens, qui n’est pas toujours très rose…
Vous qui avez longtemps été à la télévision dans « Un gars, une fille », puis chez Michel Drucker, pourriez-vous y revenir ?
Les chroniques, je les ai faites, c’est bon, maintenant ce qui m’excite, c’est de faire de la comédie. Revenir à la télé par ce prisme-là, oui. Le reste, je l'ai déjà fait, et je pense qu’il y a des jeunes qui arrivent, plus efficaces, plus marrants : il faut leur laisser leur chance. Et, pour moi, il faut savoir avancer.
Vous êtes également sur scène, c’est toujours votre boussole ?
Oui et ça marche super bien, on est très contents : c’est un spectacle marrant, les gens s’amusent. À pleurer de rire, c’est l’histoire d’un mec qui a eu un bébé dans un monde qui est en train de s’écrouler… Le bébé, c’est évidemment un prétexte pour parler de la société !
Quel regard portez-vous sur les jeunes humoristes ?
Il y en a de supers, mais le métier c’est sur scène et pas uniquement sous forme de pastilles sur les réseaux sociaux. Avec les réseaux, tu peux faire du montage, rajouter des rires… Je l’ai fait avec Thomas VDB notamment, je le sais. La scène, c’est le révélateur. Et il faut faire ce métier pour les bonnes raisons, pas pour avoir des abonnés ou gagner beaucoup d’argent. Il faut le faire parce que c’est viscéral, parce que c’est dans votre ADN.
Bio express
• 1976 : Naissance le 23 juillet à Perpignan.
• 2001 : Il décroche un DEA en sciences criminelles et un DESS en psychiatrie criminelle.
• Jusqu’en 2003 : Il joue les voix off et fait de la figuration aux côtés de Jean Dujardin et Alexandra Lamy dans Un gars, une fille.
• 2004 : Premier one-man-show, Tout va bien se passer.
• De 2010 à 2014 : Il est chroniqueur chez Michel Drucker dans Vivement dimanche prochain.
• Le 7 janvier 2015 : Il échappe à l'attentat contre Charlie Hebdo pour lequel il est chroniqueur, grâce à un retard qui l'empêche d'assister à la réunion éditoriale.
• 2023 : Il devient père d'un fils né en juillet, marquant un tournant personnel dans sa vie.